La Braise et la Cendre

La Braise et la Cendre

Le volcan s’est tari. La flamme vacillante

Aux sons impertinents des triomphants minuits

Enveloppait les jours, déshabillait les nuits

Etincelait, hier encore, irradiante.

 

Le coeur tout en chamade ouvrait sa chambre ardente,

Inventait le Désir … L’Amour épanoui

Semblait avoir alors moins d’hiers qu’aujourd’hui,

Quand l’appel de l ‘extase hantait l’âme impudente.

 

Le geste au ralenti s’imprégnait de douceur

Ravivant le soleil de l’ultime splendeur

Quand l’ardeur brandissait l’oriflamme embrasé…

 

A présent la lenteur ne se fait plus caresse

Et le regard dompteur se voile de détresse :

Au creuset des saisons, l’Amour s’est épuisé ..

Forget me not…

Forget me not…

Complainte de Gérard Philipe

Je vous vois de là haut … Je suis calme et serein
Maintenant … Mais ce jour fatal, je fus chagrin.
Je n’ai pas demandé de partir aussi vite !
J’aimais la Vie, j’aimais l’Amour et ses invites,
Car tout me souriait, tout me semblait promis,
J’espérais tout … comme le font les insoumis.
Ah ! Je regrette tant la scène et le théâtre
Où je pouvais briller, déclamer et me battre !
Alors pendant longtemps j’ai supplié le ciel,
Perdu dans ce trou noir tragique et démentiel.
Je voulais revenir pour finir ma tirade,
Sentir mon cœur bondir encor sur une estrade..
« Impossible ! » a dit Dieu, « cela n’est pas prévu
Sur le grand échiquier dont le ciel est pourvu …»

 

Oui, je sais,.vous pensez à moi .. Mais que m’importe
Ma vie s’en est allée, tout en claquant la porte.
Il n reste plus rien d’elle et de son butin.
Mes soirs ne sauront plus qu’il existe un matin.
J’ai connu tant de gloire et n’ai pu m’en repaître
Mais ce soir, du néant, par vous, je puis renaître.

Moi qui ne suis qu’une ombre et qui rampe à genoux
Entre le rideau rouge et les sunlights jaloux,
Je vous conjure, Amis, de me faire une place
Sur la liste des noms que jamais rien n’efface !!

Claudia Bartolo.

Pompeï

Pompeï

Ainsi tu as vécu ! Fière et noble cité,
Ville de Campanie, loin dans l’Antiquité
Tu étais la beauté, tu étais l’excellence
Et des arts, pour les patriciens, le fer de lance.
Tu restes le meilleur de toute évocation
Car, pour le monde entier, tu étais l’exception

Quand au pied du Vésuve à l’argile glissante
Tu toisais ta rivale à la gloire indécente
Dans sa villa grandiose, un riche Pompéien
Gravait ta gloire et tes lauriers sur parchemin,
Pendant que tu faisais, reine, de l’ombre à Naples
Et que sonnait le glas de temps inestimables

Une nuit sombre et rude, un volcan enfiévré
A déversé sur toi son magma gris cendré.
O Vésuve, à quels Dieux ou Parques ancestrales
As tu pu dédier ces peintures murales
Ces demeures fleuries, ces colonnes, ces bains
Ces temples et ces rues, la gloire des Romains.

La cendre a recouvert toute la colonie
Et les hommes depuis prolongent l’agonie :
On te fouille, on te viole, on creuse ton passé
Pour rechercher en vain ton souffle dispersé !

Ah ! Jeunesse !

Ah ! Jeunesse !

La jeunesse n’est pas seulement un passage
C’est un état d’esprit qui perdure, un message,
C’est une volonté, une intense émotion,
Une victoire du courage en éruption
Sur la timidité .. du goût de l’aventure
Sur l’amour du confort, sclérosant par nature.

On ne devient pas vieux pour avoir trop vécu.
Les années ne sont rien contre un rêve invaincu :
Si le temps pose sur la peau la ride infâme :
Renoncer à son idéal vient rider l’âme :
On devient vieux quand l’idéal est déserté
Et qu’on a décidé d’être une antiquité.

Les occupations, les craintes et le doute,
Le désespoir souvent, ennemis qu’on redoute,
Nous font pencher le front avec tant de remords
Que l’on se sent poussière et terre .. avant la mort !
Jeune est celui qui s’émerveille et qui s’étonne,
Qui demande «  Et après ? » comme un enfant chantonne
Votre jeunesse se mesure à votre foi,
Votre vieillesse se mesure quelquefois
A votre abattement, à votre lassitude.
Espoir, passion, sont seuls source de plénitude.

Si votre cœur un jour, se sentait froid, lassé
Par les années perdues et le poids du passé,
Si la peur, ou l’ennui ou quelque pessimisme
Vous terrassait, tremblant, mordu par le cynisme.
Si l’ Espoir vous manquait .. , si vous le rejetiez …
Pauvre âme de vieillard,… Dieu vous ait en pitié !

Spleen

Spleen

Avec rime et … raison

J’ai croisé le chaland, silencieux, tragique.

Il voguait sans clapot, dans le soir qui tombait

Le long du vieux canal, sur la rive où plombait

Le néon grelottant d’un tripot nostalgique ….

 

Désespérément seul.. fantôme léthargique..

Qu’un triste feu sur le gaillard d’avant nimbait

Dans ce crachin brumal, son étrave galbait

Une eau noire, irisée, aux mouvances magiques

 

Son ombre disparue, par la nuit asservie

Il me sembla soudain voir défiler ma vie

Je fus prise d’angoisse …et je pressais le pas

 

Le glissement du temps, O barque incohérente !

Mène insensiblement chacun vers ce trépas

Où l’âme disparaît… dans l’aube indifférente.

L’imperceptible

L’imperceptible

Imperceptiblement tout change, tout s’efface

Se défait, se déchire..  et le temps nous fait face

Imperceptible griffe en un trait sombre et gris

Que la lueur du jour offre à nos yeux surpris

 

Imperceptiblement un hiver se mélange

A l’automne trop frais, à l’été trop étrange.

Imperceptible doute…. Imperceptible peur

Décevante moisson qui remplit de stupeur

 

Imperceptiblement, quand l’ultime nuit tombe

J’entends gémir tout bas mes regrets d’outre tombe !

Alors mon ecmnésie, comme on mène un dément

Me pousse vers l’enfer .. imperceptiblement.

Un été, à Korbous…

Un été, à Korbous…

Depuis la nuit des temps la source de Korbous, près de Tunis, jaillit de la montagne en un flot brûlant, régulier, continu …

.. et se jette dans la mer … Miracle de la nature !!

La proue haute a masqué la rive désirée.
Rameur de l’impossible au corps disgracieux
L’homme souque sans bruit vers la plage dorée
Emportant ma douleur, grave et silencieux ..
Dans quelle anse déserte et profonde, mais sûre,
Va-t-il conduire ainsi ma quête de l’oubli
Ma faim de tout finir, ma secrète blessure,
Quand ce soir, le destin pour moi s’est accompli.

Ma vieille main se tend pour frôler par saccade
L’onde lisse, miroir ô combien éloquent !
Dans l’eau tiède qui sent la figue et la grenade
En immergeant mon corps usé, mon dos craquant,
J’ai regardé couler la Vie sempiternelle :
Brassée en se mêlant au sel, l’eau du désert,
La source de Korbous, jaillissante, éternelle,
Surgit du roc-matrice en un brûlant geyser !

Le Miroir

Le Miroir

Avoir été sylphide et soudain, quoi qu’on fasse,
Se sentir lente et lourde au fil du temps qui passe.
Ne plus pouvoir jamais suivre un rythme enivrant
Qui fait battre le sang d’un tempo délirant
Après avoir aimé passionnément, la danse,
Sentir la pesanteur devenir évidence !

Dans le froid du miroir, retrouver le matin
La paupière tombante, un nez qui fut mutin,
Un teint gris et plombé. Au lieu du front sans rides,
De ténébreux sillons ravageurs et sordides….
Ne plus avoir d’envie… craindre le vin ..le pain
Et chausser la pantoufle au lieu de l’escarpin …

Ah ! Ne douter de rien, croire que l’on peut tout
Parce qu’on a vingt ans, que l’Amour est partout,
Que la Vie vous sourit et que l’audace folle
De votre ambition a seule la parole !

Quand tout effort rebute à ce corps douloureux
Et que l’astre pâlit dans l’esprit malheureux…
Au glas de l’amitié lorsque la cloche sonne
Et que le seul écho vient du vent qui frissonne
Quand tout autour de soi la vie bourdonne encor
Mais que l’âme ne répond plus à son appel .. alors

Alors il faut savoir, près de la cheminée
Tendre aux petits enfants sa joue parcheminée
Rire et chanter pour eux .. oublier de souffrir

Et casser ce miroir au tain sans souvenir …!!

En attendant la nuit ..

En attendant la nuit ..

Vois ! Le soleil se couche et la lampe s’éteint.
La souffrance est partout .. La souffrance est immonde,
L’Agonie verse au cœur son fiel de fin du Monde.
La nuit qui va tomber n’aura pas de matin

L’esprit le plus brillant trouve là son destin
Il n’est point de sursis quand la Mort furibonde
Frappe les yeux hagards et l’âme moribonde :
Ne reste que l’effroi, la terreur de la Fin.

L’avenir qui n’est plus se dissout dans l’attente.
Le souvenir têtu jette dans la tourmente
Les amours en détresse au pied du lit fatal

L’issue n’a plus de doute … et Dieu, passif, regarde
Le corps de l’être aimé, dans le jour qui s’attarde
S’abandonner enfin au grand sommeil létal.

Et la mer était rose

…….Et la mer était rose …

O marin du soleil couchant, sans cargaison;

Sur la vague d’écume hachurant l’horizon,

Face au vent, face au sel, face à l’embrun qui ride

Tes yeux ont pour toujours la teinte océanide

 

Ta voile solitaire est cambrée sous le vent

Ainsi qu’une maîtresse implorant son amant !

Sur ton bateau vibrant, tu fends de ton étrave

La mer, rose d’amour, un instant ton esclave

 

La côte étale au soir des rochers vermillons

Constellés de points d’or échangeant leurs rayons

En gardant son joyau, la baie d’azur se ferme:

Et reflète dans l’eau son bracelet de gemme.

 

Les voiliers dénudés à l’abri du vieux port,

Semblent veiller de loin sur le ciel qui s’endort.,

Guettant sans se lasser quelque souffle impossible

Qui les délivrerait de leur ancre inflexible.