changer Reniement

Dans le soleil couchant, l’horizon qui flambait flambait
Rougeoyait au lointain. La nuit chaude tombait
Sur une journée sombre au crépuscule morne
Pleine d’un doute amer et d’un chagrin sans borne
Quoi ! Que deviendrons nous ? Qui nous dira demain
Où aller ? .. Quel pays va nous tendre la main ?
Nous vivions là, heureux, le cœur plein d’innocence
N’ayant jamais requis quelque reconnaissance !
Un homme a su couvrir ce toît, planter tout seul
Les vignes et les orangers ! C’est mon aïeul !
Je croyais mériter la maison de mon père
Et je n’ai jamais cru vivre en terre étrangère !
Même s’ « ils » brûlent tout, je ne veux pas partir!!
Je suis de cette terre et je veux y mourir !!
C’est ici, mon pays ! C’est là que je suis née
Au cœur de ces vieux murs où dans la cheminée
Ma nourrice, attentive au feu, cuisait le pain,
Et l’été, nous jouions près du puits, sous le pin !

 

Hier j’ai vu celui que je croyais mon frère,
Avec qui, toute enfant, je jouais à la guerre ..
Son visage était pâle…Il avait un fusil
Je l’ai dévisagé.. : son air froid m’a saisi..
Et j’ai vu sur son front un nouveau tatouage.
J’aurais voulu pouvoir sonder ses yeux d’orage…
Détournant le regard, il m’a dit sans émoi :
 » Emporte ta maison ! ….Mais la terre est à moi !  »

Oued Zem – 1950

 

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